Le mot seul suffit à faire grimacer. La coloscopie traîne une réputation d'examen pénible, entre la préparation la veille et l'idée d'une caméra introduite dans l'intestin. Beaucoup repoussent le rendez-vous, parfois pendant des années. C'est dommage, car c'est l'un des rares examens qui permettent non seulement de détecter un cancer, mais aussi de l'empêcher d'apparaître. Si vous approchez de la cinquantaine ou si votre médecin vient de vous en prescrire une, voici ce qu'il faut savoir pour l'aborder sereinement.
Pourquoi on vous la propose
La coloscopie n'arrive presque jamais par hasard. Elle est prescrite dans trois grandes situations.
La première est un test de dépistage positif. En France, le dépistage organisé du cancer colorectal s'adresse aux personnes de 50 à 74 ans sans risque particulier. Il repose sur un test immunologique à faire chez soi tous les deux ans, qui recherche des traces de sang invisibles à l'œil nu dans les selles. Un test positif ne signifie pas cancer. Il signale qu'il faut aller regarder, et la coloscopie est le seul moyen de le faire.
La deuxième concerne les personnes à risque plus élevé, par exemple en cas d'antécédent de cancer colorectal chez un parent proche. Dans ce cas, le médecin propose directement une coloscopie, parfois avant 50 ans.
La troisième est l'apparition de symptômes, comme du sang dans les selles, un changement durable du transit, des douleurs abdominales inhabituelles ou une anémie sans explication.
Ce que le médecin recherche
L'examen consiste à explorer la paroi interne du côlon et du rectum avec un tube souple muni d'une caméra. Le gastro-entérologue cherche surtout des polypes, ces petites excroissances qui se développent sur la muqueuse.
Trouver un polype au côlon est très courant et n'a rien d'alarmant en soi. La plupart sont bénins. Certains, les adénomes, peuvent cependant évoluer lentement vers un cancer, sur plusieurs années. C'est tout l'intérêt de la coloscopie. Le médecin retire les polypes pendant l'examen, sans douleur, puis les envoie au laboratoire pour analyse. En les enlevant avant qu'ils ne se transforment, on coupe le chemin vers le cancer.
Le résultat de l'analyse détermine la suite. Selon le nombre, la taille et le type de polypes retirés, le médecin fixe la date de la prochaine coloscopie, plus ou moins rapprochée.
La préparation, l'étape qui compte le plus
Pour que le médecin voie correctement la paroi, l'intestin doit être parfaitement vide. Une préparation insuffisante peut obliger à refaire l'examen. Elle se déroule en général en deux temps, selon les consignes précises remises par le gastro-entérologue.
Les jours qui précèdent, on suit un régime pauvre en fibres, dit sans résidus. On évite alors les fruits et légumes crus, les céréales complètes, les graines et les légumineuses. Pâtes ou riz blancs, viande, poisson, œufs et laitages restent possibles.
La veille et parfois le matin même, on boit une solution laxative en plusieurs prises. C'est la partie la moins agréable, mais quelques astuces aident :
- Bien la faire refroidir au réfrigérateur,
- La boire avec une paille, par petites gorgées régulières,
- Prévoir de rester à proximité des toilettes, avec du papier doux et une crème apaisante,
- Continuer à boire de l'eau ou des boissons claires autorisées.
Une consultation d'anesthésie est aussi programmée avant l'examen. C'est le moment de signaler vos traitements, notamment les anticoagulants, le fer ou les antidiabétiques, qui doivent parfois être adaptés.
Le jour de l'examen et après
La coloscopie se fait le plus souvent en ambulatoire, c'est-à-dire qu'on rentre chez soi le jour même. Elle est généralement réalisée sous anesthésie générale légère. Vous ne sentez rien et ne gardez aucun souvenir de l'examen, qui dure le plus souvent moins d'une demi-heure.
Après un temps de surveillance, vous pouvez repartir. En raison de l'anesthésie, il est interdit de conduire ce jour-là, il faut donc prévoir quelqu'un pour vous raccompagner. Des ballonnements sont fréquents dans les heures qui suivent, à cause de l'air insufflé pendant l'examen. Ils disparaissent rapidement.
Certains signes imposent en revanche de contacter rapidement le médecin ou le service :
- Une douleur abdominale forte ou qui augmente,
- De la fièvre,
- Un saignement abondant par l'anus.
Les complications sont rares, mais mieux vaut connaître ces signes avant de rentrer.
Un examen qui protège
Le cancer colorectal se développe souvent sans bruit pendant des années, à partir de lésions qu'on peut repérer et retirer. La coloscopie est le moment où l'on peut agir avant qu'il ne soit trop tard. La préparation demande un peu d'organisation, l'examen lui-même passe inaperçu sous anesthésie, et le bénéfice est réel. Si vous avez entre 50 et 74 ans, la première étape reste simple, faire le test de dépistage reçu par courrier ou le demander à votre médecin traitant ou en pharmacie.

