Google est-il votre ami ?
Publié par Ulysse H le 2009-10-15 18:08:11 dans Perspective
"Don't be evil".
La devise de Google est-elle un vrai principe, ou simplement un slogan destiné à se rendre sympathique aux yeux du grand-public ?
En saisissant "Google Big Brother" dans la barre de recherche de Google, le moteur m'a indiqué plus de 36 millions de résultats... C'est dire si nombreux sont les gens qui doutent de l'honnêteté de Google, quand celui affirme "ne pas faire le mal".
Richard Brandt, un journaliste américain spécialisé dans les hautes-technologies, a voulu en avoir le coeur net, et il vient de publier "Inside Larry & Sergey's Brain".
Pour brosser le portrait psychologique des deux fondateurs de Google, Larry Page et Sergey Brin, l'auteur s'appuie sur de nombreuses conversations : collaborateurs, ex-collaborateurs, partenaires, concurrents, managers et bien sûr, Larry et Sergey eux-mêmes.
On en apprend de bonnes.
Par exemples : malgré les milliards de dollars qui s'amoncellent sur Google, les deux fondateurs ont, à la base, un esprit plutôt anti-capitaliste.
Ainsi, quand Google n'était encore qu'une start-up, Sergey aurait claqué la porte d'une réunion avec AOL. On l'aurait entendu dire "Que quelqu'un m'apporte un jerrican d'essence - il faut que je me foute le feu pour me débarrasser de toute ces saloperies dont ces gens m'ont barbouillé."
La raison ? L'un des participants de chez AOL lui avait dit qu'il était stupide de la part de Google de ne pas placer de liens sponsorisés dans sa page de résultats.
Alors, les fondateurs de Google auraient-ils vendu leur âme au Dollar ?
Et bien d'après Richard Brandt, pas vraiment.
"Ils se sentent vraiment concernés par les implications éthiques et morale de leurs actions, beaucoup plus que Microsoft ne l'a jamais été, et je le sais, car je couvrais Microsoft lorsque je travaillais pour BusinessWeek" rapporte-t-il.
Sergey nourrit de vrais doutes quant à la collaboration de Google avec le gouvernement chinois.
Les deux fondateurs de Google se sentiraient vraiment impliqués dans le destin du monde : "Ils sont très intéressé par l'énergie, et ont embauché des douzaines d'ingénieurs pour travailler sur les énergies solaire, geothermique et éolienne. Ils veulent vraiment aider les industries jeunes qui ont besoin d'un coup de main."
De même, alors que Google semble nourrir l'ambition de devenir bien plus qu'un simple moteur de recherche, et rachète ou développe à tours de bras des technologies et applications tierces (Gmail, Google Doc, Androïd, Orkut, Picassa, SideWiki...), Sergey et Larry disent ne pas avoir changé d'idée : ces applications ne sont que d'autres manières de faire de la recherche.
Mais alors pourquoi tant de voix s'élèvent-elles pour dénoncer l'emprise de Google, que beaucoup décrivent comme une OPA sur la culture de l'humanité (Barbara Cassin, philosophe de profession, fait même de Google un symbole de l'Amérique de Bush) ?
Avec Google Books, ce projet visant à numériser et mettre en ligne la totalité de la production écrite de l'humanité, la polémique a encore enflé.
Sergey s'est d'ailleurs fendu d'une tribune dans le New York Times, le 8 Octobre, pour justifier ce projet.
Dans cette tribune, titrée "Une bibliothèque pour l'éternité", Sergey revient sur la motivation originelle de ce projet (dont l'idée remonte à plus de 10 ans) : grâce à elle, l'ensemble de la production intellectuelle de l'humanité sera disponible à tous, et pas seulement à quelques érudits ayant leur droit d'entrée dans de trop rares, et trop fragiles bibliothèques.
Il revient également sur le problème des droits d'auteur, et affirme que chaque ayant-droit pourra, à tout moment, modifier le prix et les droits d'accès à ses œuvres.
D'après Richard Brandt, ce qui explique cette méfiance, c'est le tempérament secret de ces fondateurs.
Il rapporte : "Ils ne font pas confiance à l'État, ils ne font pas confiance aux médias, ils ne font pas confiance aux marchés."
Ce tempérament est peu ou prou devenu une culture d'entreprise, laissant prise aux rumeurs.
Richard Brandt dresse donc un portrait plutôt sympathique de Larry page et Sergey Brin, en génies un peu naïfs, qui ne comprennent pas qu'on puisse s'inquiéter de leur expansion.
Reste qu'avec l'expansion, les plus beaux projets ont tendance à se muer naturellement en empires...
Au-delà des personnalités et idéaux de ses fondateurs, il est probable que Google soit douloureusement tiraillée entre "Don't be evil", et "Big Brother".
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