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Débat sur l'Identité Nationale : un site à la hauteur ?

Publié par Ulysse H le 2009-11-02 18:20:34 dans Perspective    Bookmark and Share

Débat sur l'Identité Nationale : un site à la hauteur ?Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal avaient tous deux fait campagne sur ce sujet.
Et bien c'est Eric Besson qui s'y colle : le grand débat sur l'identité national est lancé online et offline.

Le ministère affirme que le débat est "ouvert à l'ensemble de nos concitoyens par l'intermédiaire d'un site Internet"
La mission de ce site est donc de faire vivre ce débat, à l'échelle nationale.
Comment le site s'inscrit-il dans cette stratégie ? A-t-il les épaules d'une si grande mission ?
Petite analyse de www.debatidentitenationale.fr,

De prime abord, le site est bien fait : la charte graphique articule une succession de bloc à coins arrondis, sur une couleur de fond gris-clair, du genre que l'on voit partout.
Le texte, lui, s'organise en un minimum de phrases courtes ("Les premières propositions d'Eric Besson" "Et si on en parlait"...) en couleurs bleue, mauve, noire et blanche.
Le tout dégage une ambiance rassurante (coins arrondis, équilibre couleur chaude/ couleur froide du texte) et "passe-partout".
Finalement, une identité sécurisante et discrète, ce qui est plutôt bien vu, puisque tout le monde doit pouvoir y projeter la sienne. .

La bouille d'Eric Besson accueille le visiteur à son arrivée, juste en dessous un grand bandeau indiquant "Grand débat sur l'identité nationale".
On sait tout de suite où on est.
Deux grandes zones, au centre et en bas, invitent à poster contributions et suggestions : le but du site est clairement de déclencher la participation de l'internaute (en tout cas, le but affiché)
Dans le même esprit, il n'y a pas besoin de s'inscrire afin de poster : il suffit de renseigner un pseudo, et une adresse email.
Les commentaires sont modérés, et n'apparaissent pas tout de suite sur le site (et c'est heureux, sinon on imagine vite la foire aux trolls).

L'URL du site ne contient pas d'extention en .gouv.fr, et se positionne donc comme externe à l'Etat. Ce débat est censé appartenir à tout le monde, y compris aux gens de gauche, y compris aux anars, y compris à ceux qui pensent que ce débat, c'est la pire des choses qui soient arrivées à l'identité nationale.

Pour autant, on peut se poser des question : aucune option de partage n'est disponible, ce qui, pour un site qui se propose d'ouvrir le débat à "à l'ensemble de nos concitoyens ", paraît contradictoire.
Il y a bien une chaîne YouTube, mais elle n'héberge que deux vidéos.
Et la synergie avec le site n'est pas bonne : quand on clique sur la bouille d'Eric Besson, sur le site, afin de lancer la vidéo de présentation, on est automatiquement redirigé sur YouTube.
Le ministre de l'immigration nous y accueille d'un : "Bonjour, bienvenue sur ce site...", qui donne l'impression qu'il nous souhaite la bienvenue sur YouTube.

Théorie du complot : cette absence de liens entre site officiel et médias sociaux trahit-elle la volonté de brider le débat ?
Ou bien la méconnaissance des usages Internet actuels ?

Et bien ni l'un ni l'autre, peut-être.
Pensez-y : et si la problématique d'Eric Besson avait été d'éviter la viralité ? Pas forcément pour brider le débat, mais parce que celui-ci est déjà dynamisé par un plan média très puissant, et doté d'une grande viralité naturelle.
En effet, à l'inverse d'une marque conventionnelle, la marque "débat sur l' identité nationale" est promise à polémique. Et toute polémique est virale.
Ainsi, j'ai commencé à surfer sur le site officiel à 16h30. Les contributions des internautes s'étalaient alors sur 5 pages.
A 17h30, et il y en avait 9 pages.

On peut s'attendre à voir plusieurs groupes Facebook et hashtags Twitter fleurir sur le thème de l'identité nationale, en pour et en contre.
Partant du principe que vu sa charge émotionnelle, le débat va forcément être "trollé" tant par les supporteurs de l'identité nationale que par ses détracteurs, la stratégie la plus sage ne consiste-t-elle pas à laisser les posts être emportés par le flux, et à ne laisser que le site officiel comme porte d'entrée efficace ?
Le ministère n'a donc peut-être pas besoin de créer le buzz, mais plutôt de le limiter pour éviter qu'il se perde dans le bruit.

Ceci étant, le site rend-il bien compte des avis de tous, y compris de ceux qui sont le moins en phase avec la ligne du gouvernement ?
Bien sur, la réponse à cette question est à la discrétion de chacun.

Pour ma part, je choisis de clôturer ce billet sur une pensée de l'homme politique du XVIII ème siècle, Emmanuel-Joseph Sieyes, qui n'a rien à voir avec les médias sociaux, mais qui a sa place sur le site officiel.

"Qu'est-ce que le tiers état ?
Le plan de cet écrit est assez simple. Nous avons trois questions à nous faire:
1° Qu'est-ce que le tiers état ? Tout.
2° Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l’ordre politique ? Rien.
3° Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose"

Donner la voix aux sans-voix, donc.
N'est-ce pas là le propos des médias sociaux ?
Comme quoi, les grandes idées, les vraies, n'auront jamais besoin d'une application Facebook pour buzzer à travers les siècles.

Ecrit par

Tags de l'article : médias sociaux buzz polémique

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